Inspiration…

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Cela fait plus de 20 ans que je sculpte, spontanément, intuitivement, sans même me poser la question du pourquoi, simplement par évidence ou nécessité. La vocation artistique porte ses secrets autant que ses évidences. Au lever du soleil, l’inspiration est déjà là et me conduit vers la matière comme on se saisit d’un outil. Il faut alors savoir se taire et écouter, laisser la dualité s’estomper peu à peu, s’oublier pour se fondre dans la source de la créativité, se dénuder devant l’inspiration, n’être plus qu’un receveur car placé comme producteur, je ne peux produire que d’après ma mémoire: c’est un autre travail…

L’inspiration vient toujours comme un don, soudainement, des couches les plus profondes de l’être qui sont totalement impersonnelles. C’est dans cet oubli de soi, de sa personnalité superficielle, que l’on peut atteindre sa nature profonde, ce sentiment de plénitude et d’unité. Je me sens alors absorbé dans la création, dans un sentiment d’expansion dans lequel j’oublie l’espace et le temps. C’est une attitude paradoxale, nécessairement flexible, car pour être inspiré, on doit s’oublier soi-même ainsi que tout ce que l’on sait, et au moment de l’exécution, on doit demeurer oublié mais revenir à la dextérité connue, ce qui n’est vraiment possible qu’avec une grande maîtrise de ses outils, ne serait-ce que des mains.

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J’explore la matière dans cette ouverture, cette réceptivité qui avive tous les sens… Et bientôt les mystères de la création opère. L’esprit s’élance vers la matière, cherchant à exprimer l’amour et la perfection qui règnent en tout dans la nature. Puis l’absorption s’estompe, spontanément, et je reviens à l’objet. J’explore alors la composition, ses lignes, ses volumes, ses couleurs. J’écoute les éléments fondamentaux – la lumière, l’espace, le silence – pointer vers les disharmonies, et le travail se poursuit dans cette recherche d’équilibre et de perfection. L’harmonie, le tout à l’intérieur duquel tout existe sans conflit, est aussi la beauté. L’œuvre accomplie est alors une manifestation de cette unité, de la globalité, une des manifestations la plus proche de l’être par les éléments fondamentaux qui sont l’existence pure, sa base. Ce sentiment de plénitude déborde dans la gratitude et se transforme en un désir d’offrir et de partager le sentiment originel, car l’art se parachève dans le receveur.

C’est la fonction de l’artiste d’emmener au-delà du sens commun de la vie quotidienne et de rapprocher les êtres dans l’unité. Mais nous sommes devenus tellement passifs dans notre observation! De même que l’inspiration ne se révèle que dans l’oubli de soi, la beauté ne pourra se déployer en vous que si vous tournez votre être entier vers l’objet, pas simplement le mental et les yeux. Il ne faut pas faire de cette écoute une représentation mentale en disant: « Cela me rappelle… ». L’exploration doit se faire dans l’ouverture et cela n’est possible que lorsque le contrôleur, l’ego, le propagateur d’opinion, est absent. L’art acquière alors toute sa valeur et sa signification. Il a le pouvoir de nous diriger vers ce ludisme d’être simplement, libre de toute pensée et de conscience de soi. C’est une voie vers la sagesse car, comme l’artiste au moment de la création, le sage n’est qu’un canal, il est libre de l’ego, et comme l’artiste, le sage permet à ceux qui cherchent la vérité de trouver l’accomplissement en eux-mêmes…

Cette mise en mots de mes ressentis a été inspirée par « Une conversation sur l’art » avec Jean Klein, que je remercie… Je tiens à remercier également Zadkine, Kracjberg, Gargallo, Lipchitz, et Calder entre autres, ces grands hommes dont le travail demeure une grande source d’inspiration…

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